Eolien : le système de soutien va évoluer plus vite que prévu dans l’Hexagone

Les producteurs vont devoir passer du tarif au complément de rémunération. Cette évolution inattendue pourrait bloquer la filière pendant plusieurs mois.

Les professionnels de l’éolien suivent avec inquiétude les discussions engagées depuis quelques semaines entre Bruxelles et l’administration française. Alors qu’ils pensaient être épargnés pendant encore un ou deux ans par la remise à plat actuelle du système de soutien des autres énergies vertes (solaire, biomasse, géothermie, etc.), ils ont eu la désagréable surprise, au début de l’été, d’apprendre que ce ne serait pas le cas. Les acteurs de la filière devront eux aussi vendre leur électricité sur le marché de gros et bénéficier d’un soutien via un complément de rémunération, au lieu de la vendre à EDF à un tarif d’achat garanti pendant quinze ans. Et ils devraient, comme les autres, passer obliga­toirement par des appels d’offres dès le 1er janvier 2017. « Ce n’est pas une bonne nouvelle ! » s’alarme Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables.

En vertu des lignes directrices édictées par la Commission européenne en 2014, les états membres ont dû modifier leurs mécanismes d’aides aux énergies vertes à compter du 1er janvier 2016. L’éolien ­français s’est cru épargné car, suite à des péripéties judiciaires, la France avait annulé son arrêté tarifaire en 2014 et notifié alors un nouvel arrêté à la Commission. « Or l’accord de Bruxelles est valable dix ans », explique Jean-Louis Bal.

Sans souhaiter prolonger le tarif éolien aussi longtemps, la France s’était donné un peu de temps, jusqu’en 2018, pour basculer. Mais la réforme de la CSPE, cette taxe prélevée sur la facture d’électricité qui sert à financer les énergies vertes, mise en oeuvre en France au début de l’année, a donné un argument à Bruxelles pour réclamer une transition plus rapide.

Absence de visibilité

Financièrement, cette évolution ne devrait pas changer grand-chose car le nouveau système assure, comme l’ancien, un revenu garanti aux produc­teurs. En revanche, ceux-ci devront revoir leur organisation pour vendre leur électricité sur le marché. Mais c’est surtout le délai nécessaire à la rédaction des textes qui les inquiète. « Nous ­sommes dans le flou total sur les modalités et la date d’entrée en vigueur du nouveau système, indique Olivier Pérot, prési­dent de FEE (France Energie Eolienne). Or cette incertitude crée une absence de visibilité qui risque de stopper les financements, et donc tous les nouveaux projets dans le secteur. »
L’administration a commencé à y travailler, mais les professionnels craignent que plusieurs mois, voire davantage, ne soient néces­saires. Un contretemps qu’ils déplorent, alors que le secteur avait retrouvé une certaine dynamique, avec 2,1 gigawatts installés et 3.600 emplois créés en deux ans.

Édité par Les Echos

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