L’Union Européenne sur le point de se lancer dans la guerre des batteries ?

Fin 2017, 3,1 millions de voitures électriques étaient en circulation dans le monde. S’il ne témoigne pour l’instant que du balbutiement du marché de l’électromobilité, ce chiffre devrait connaitre une croissance exponentielle au cours des prochaines décennies, notamment en raison des enjeux climatiques et des politiques énergétiques tournées vers les technologies à faible émissions carbone.

L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) estime à ce titre que le parc mondial de voitures électriques mondial devrait avoisiner les 125 millions d’unités d’ici l’horizon 2030.

Les usines de fabrication de batteries, dont le développement accompagnera la demande en voitures électriques, sont donc appelées à devenir des éléments stratégiques pour les États soucieux de stimuler la croissance de leur économie (source d’investissement et de création d’emplois).

À l’heure actuelle, l’Union Européenne ne s’est pas encore positionnée sur ce marché largement dominé par les fabricants asiatiques.

C’est la raison pour laquelle de nombreux acteurs politiques et industriels font entendre leurs voix afin que les États européens rattrapent leur retard et tentent de capter une part de ce colossal marché en devenir.

Un marché actuellement dominé par les constructeurs asiatiques

La batterie est un des équipements clé du système permettant à une voiture électrique de se mouvoir : véritable source d’énergie, elle assure en effet l’autonomie du véhicule et lui permet de se déplacer de manière totalement respectueuse de l’environnement (sans aucune combustion de matière fossile et donc sans émission de gaz à effet de serre).

C’est la raison pour laquelle la démocratisation de l’électromobilité s’accompagnera nécessairement d’une progression fulgurante de la fabrication de batteries.

À partir de 2025, le marché mondial des batteries devrait atteindre les 250 milliards d’euros par an. À cette date, les experts estiment que la communauté internationale devra disposer de 10 à 20 gigafactories (des fabriques géantes de batteries) pour soutenir la fabrication de batteries et ainsi soutenir les ventes de voitures électriques.

Pour l’heure, la majorité des capacités de fabrication de batteries est située en Asie : les fabricants asiatiques (Samsung, LG Chem, BYD, GS Yusa…) sont en effet en situation de quasi-monopole sur le marché mondial de la batterie lithium-ion.

On estime d’ailleurs que la Chine représente près de 70% du marché mondial de la batterie, loin devant l’Union Européenne, largement à la traine avec une part de marché d’à peine 4%.

Où en est la création de l’Airbus de la batterie ?

Malgré des perspectives économiques et technologiques colossales, l’Europe accuse un retard important dans le secteur de la fabrication de batteries pour véhicules électriques.

C’est pour tenter de combler ce retard et éviter une dépendance technologique vis-à-vis des produits asiatiques que la Commission européenne a lancé fin 2017 l’European Battery Alliance (EBA), un projet visant à créer une chaine de valeur compétitive pour la fabrication de batteries sur le Vieux Continent.

Un an après sa création, cette initiative qui visait à créer un “Airbus de la batterie” peine à fédérer de manière cohérente les acteurs industriels européens.

Certains gouvernements ont donc récemment essayé de relancer les débats. Avec un objectif similaire : mobiliser les industriels européens autour de la création et de la structuration d’une filière de la batterie.

Lors du dernier mondial de l’Automobile de Paris, le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire a plaidé en faveur du rassemblement des industriels européens afin qu’ils fassent converger leurs efforts en matière de batteries électriques.

Une volonté dont s’est également fait l’écho son homologue allemand, Peter Altmaier.

“Nous souhaitons créer dans les prochains mois les conditions pour une production à grande échelle de batteries en Europe. Nous n’allons probablement pas gagner la course aux batteries les moins chères, mais celle des meilleures batteries n’est pas encore décidée, et nous nous lançons dans celle-ci”, assurait-il lors d’une rencontre avec Maros Sefcovic, vice-président de la Commission européenne, chargé de l’union de l’énergie.

Un projet d’usine de batteries en France ?

Edouard Philippe, Premier ministre français, a confirmé il y a quelques jours devant le Conseil National de l’Industrie l’engagement de la France dans le domaine de la fabrication de batteries.

“Demain, elles vont représenter près de la moitié de la valeur ajoutée d’un véhicule. Si nous n’investissons pas, si nous ne développons pas notre présence industrielle, notre expertise industrielle dans ce domaine, nous le paierons. Ce n’est pas simplement les constructeurs nationaux, c’est l’ensemble du territoire européen qui verra sa compétence et ses perspectives disparaître”.

L’objectif de l’UE est de créer un véritable écosystème autour de la mobilité électrique en réunissant les savoir-faire européens sur l’ensemble de la chaine de valeur des batteries : fabrication des cellules mais également approvisionnement durable en matière première, reconditionnement des batteries usagées, recyclage…

Le gouvernement français a indiqué attendre des avancées “au début de l’année prochaine, notamment en ce qui concerne un accord potentiel entre les fabricants de batteries – notamment le groupe Total avec sa filiale Saft – et les constructeurs automobiles”, explique François de Rugy, le ministre de la transition écologique.

Les propos du gouvernement coïncident d’ailleurs avec l’annonce du PDG de Total qui veut faire construire dès 2023 une usine géante de batteries à électrolyte solide.

De plus, selon une source gouvernementale, d’autres projets confidentiels pour une usine de batteries dans l’Hexagone sont discutés avec les industriels.

 

Publié initiallement sur Lemondedelenergie.com

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