Candidats : focus sur la pratique du « name and shame »

« Balance ta startup », « balance ton agency », « balance ton cabinet », … Depuis quelques années, de nombreuses dénonciations émergent sur les réseaux sociaux et provoquent un séisme dans certaines entreprises. Un phénomène qui rappelle l’importance de l’adéquation entre les valeurs dans l’entreprise et leur appropriation en interne, et ce dès le recrutement. Focus sur la pratique du « name and shame ».

Couramment employée au sein du monde entrepreneurial anglo-saxon, le name and shame (littéralement « nommer et faire honte ») est une pratique qui consiste à exposer au grand public – via les médias notamment – les mauvaises pratiques d’une entreprise, qu’elle soit contraire à la loi ou à l’éthique professionnelle. En France, la pratique se développe depuis l’avènement du gouvernement Macron. En 2020, le ministère du Travail a notamment publié la liste des grandes entreprises avec leur index égalité femmes-hommes, créé par la loi Avenir professionnel. L’objectif de cette pratique est d’inciter les entreprises fautives à prendre conscience des mesures nécessaires au développement de l’égalité homme-femme. La liste permet de distinguer les bons élèves et pointer du doigt les entreprises en faute, c’est-à-dire celles dont le score de 2019 est égal ou inférieur à 75 sur 100. Ces dernières, averties avant la publication, avaient un an pour rectifier le tir au risque de se voir nommées et blâmées sur la place publique.

Un outil efficace

Indéniablement, le « Name & Shame » est une technique à effet immédiat garanti. Du moins, en termes de bruit médiatique. Retrouver son nom cloué au pilori de la place publique n’est jamais un exercice particulièrement prisé. Pour autant, ce coup de poing communicant contribue-t-il à faire avancer les choses ? Si l’on reprend le thème de la discrimination entre hommes et femmes dans le monde du travail, les chiffres restent implacables : selon Eurostat, l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes est en moyenne de 16,5% en 2021. Pourtant, en dépit de ce décalage, diverses organisations ont fait du « Name & Shame » un fer de lance fréquemment utilisé pour attirer l’attention.

Attention aux abus

La pratique de « name and shame » est un levier puissant pour libérer la parole. À condition, bien entendu, de ne pas abuser de cette liberté d’expression. Selon le droit du travail, les propos injurieux, insultants, diffamatoires ou excessifs vis-à-vis de son employeur peuvent être considérés comme un abus de droit.

Dans le cadre d’un entretien d’embauche, les recruteurs ont pour habitude de dire que l’on apprend souvent plus sur la personne qui critique que sur la personne/l’entreprise critiquée. Attention donc à la façon dont vous présentez vos expériences passées.

Quelle que soit l’opinion que l’on ait du name and shame, force est de constater que la pratique trouve rapidement ses limites sur le plan juridique. Impropre à permettre la réparation de sa victime, il porte atteinte à la réputation de l’entreprise, présumée coupable, et la condamne sans respect du contradictoire. Une raison supplémentaire d’encourager le dialogue social en entreprise, pour des pratiques plus respectueuses de toutes et tous.

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