Climat : les ONG poussent la France à être «exemplaire» avant la COP21

A moins de cent jours de la conférence de l’ONU sur le climat présidée par la France, des organisations estiment que Paris est loin de montrer l’exemple. Elles lancent un «appel à François Hollande» pour qu’il s’engage sur cinq mesures.
Au-delà des grands discours, la France est-elle exemplaire en matière de lutte contre les changements climatiques ? Pas vraiment. Elle est même très loin du compte, alertent les associations membres du Réseau action climat (RAC), qui ont lancé jeudi un «appel à François Hollande, pour qu’il s’engage d’ici la COP21 sur cinq mesures qui permettront de mettre la France sur la voie de l’exemplarité». Il en va aussi de sa «crédibilité». Car, insistent ces seize ONG (de défense de l’environnement, de solidarité internationale, d’usagers des transports et d’alternatives énergétiques), «la France a une responsabilité particulière, en tant que président et hôte de la COP21», la grande conférence de l’ONU sur le climat qui aura lieu au Bourget du 30 novembre au 15 décembre et dont l’enjeu est de parvenir à signer un accord historique pour limiter la hausse des températures du globe à +2°C.
Or, l’Hexagone «est en retard dans quasiment tous les secteurs de la transition énergétique», souligne Morgane Creach, la directrice du RAC-France. «Elle s’active beaucoup sur la scène internationale pour rechercher un accord [sur le climat], mais en fait, cela sert un peu de cache-misère étant donné la faiblesse de ses propres politiques». Et de citer notamment la loi de transition énergétique promulguée cet été et vantée sans cesse par la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal… mais dont l’application concrète se fait attendre : le gouvernement a en effet repoussé au-delà de 2015 la date de publication de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui doit pourtant permettre de mettre en musique les objectifs inscrits dans la loi, notamment sur les énergies renouvelables.
«TROIS FOIS MOINS VITE QUE SES VOISINS»
Quelles sont ces cinq mesures qui permettraient à la France de «relever le défi climatique ?» D’abord, les ONG demandent à ce que soit relancé, «rapidement», le développement des énergies renouvelables, avec la fixation d’un «cap à 100% d’ici à 2050»«C’est faisable techniquement, souhaitable économiquement et nécessaire d’un point de vue environnemental, martèle Jean-François Julliard, le directeur général de Greenpeace France. Citant notamment une étude de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) qui a fuité en avril et démontré qu’une électricité produite à 100% au moyen des énergies renouvelables est possible en France en 2050 à un coût comparable aux autres scénarios. Simplement, déplore Julliard, alors que le monde a compris le potentiel de ces énergies, la «France accumule les retards». Elle«développe les énergies renouvelables trois fois moins vite que la moyenne de ses voisins, elle n’atteindra pas son objectif de 23% de renouvelables dans la consommation finale d’énergie d’ici 2020, elle ne développe pas vraiment d’industrie dans ce domaine et du coup, elle génère moins d’emplois que certains de ses voisins». La France compte environ 100 000 emplois dans les énergies renouvelables, soit quatre fois moins que l’Allemagne.
En cause : «Le manque de volonté politique et la prédominance accordée au nucléaire», un «véritable verrou à la transition énergétique», selon le responsable de Greenpeace. «Beaucoup de citoyens et de collectivités locales essaient de passer à l’action, s’engagent dans la transition énergétique, mais se heurtent à l’omniprésence du nucléaire.» Estimant que l’annonce jeudi matin par le PDG d’EDF Jean-Bernard Levy d’un énième report de la mise en service de l’EPR de Flamanville «confirme que cet EPR est un non-sens absolu». Julliard rappelle que l’énergéticien «doit dans tous les cas d’ici le 11 octobre annoncer quels vont être les réacteurs qu’il compte fermer quand l’EPR démarrera, pour éviter de dépasser le plafonnement de la capacité nucléaire installée, prévu par la loi de transition énergétique». Il demande aussi à François Hollande, au nom du RAC, d’annoncer «dès maintenant un doublement du rythme de l’installation de l’éolien et du solaire».
Parmi les mesures réclamées d’urgence par le RAC figure en bonne place l’arrêt des soutiens publics au charbon, l’énergie fossile la plus polluante.«Pour avoir une chance de limiter le réchauffement climatique à 2°C, il faut laisser 80% du charbon dans le sol. Ce n’est pas nous les ONG qui le disons, ce sont les scientifiques», indique Diane Simiu, du WWF France. Les associations du RAC demandent à François Hollande de tenir sa promesse de cesser ses soutiens aux projets de centrales à charbon à l’étranger. «On a applaudi en novembre dernier quand [il] a annoncé, en ouvrant la conférence environnementale, la fin des crédits à l’export dès lors qu’il y aurait utilisation du charbon. Mais neuf mois plus tard, sous la pression d’Alstom, le gouvernement est toujours en train de tergiverser sur les modalités d’application de cet engagement», a regretté Diane Simiu.
«TAXE SUR LES TRANSACTIONS FINANCIÈRES»
Les ONG demandent aussi que «l’Etat français assume son rôle d’actionnaire» et fasse pression sur EDF et Engie (ex GDF-Suez) pour qu’elles cessent leurs activités dans le charbon«Les 46 centrales à charbon d’EDF et d’Engie dans le monde émettent un peu moins de la moitié des émissions de CO2 de la France », remarque Lucie Pinson, des Amis de la Terre.
Autre revendication des ONG, «adopter une taxe sur les transactions financières (TTF) pour le climat et la santé». Une telle taxe pourrait être une «manne financière pour lutter contre les changements climatiques et les grandes pandémies» comme le sida. «A condition» qu’elle taxe«l’ensemble des produits financiers (actions financières et l’ensemble des produits dérivés) avec un taux de taxation suffisamment ambitieux» et que«la majorité des recettes» soit affectée à ces deux luttes. «On n’aura pas d’accord ambitieux sur le climat s’il n’y a pas de réel engagement financier des pays riches à l’égard des pauvres», insiste Nicolas Vercken, d’Oxfam France.
Or cette TTF pourrait constituer un «vrai levier». La Commission européenne a estimé qu’elle pourrait rapporter annuellement entre 24 et 30 milliards d’euros, rien qu’au sein des onze pays européens qui discutent de sa mise en place. «Il faudrait que François Hollande appelle à ce que ces onze pays européens s’engagent réellement. Là, cela pourrait faire avancer les négociations climatiques», selon Nicolas Vercken. Or «les négociations [sur la TTF] ont patiné tout au long de 2013 et 2014, notamment du fait de la France, le ministère des finances tentant d’imposer un projet de TTF au rabais», déplorent les ONG. Qui voient toutefois un signe d’espoir dans les déclarations de janvier 2015 de François Hollande en faveur d’une TTF taxant l’ensemble des produits financiers…
Rédigé par Jean-Sébastien Evrard
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