Énergies renouvelables : la France très en retard sur ses objectifs

Eurostat souligne le retard français dans la production d’énergies renouvelables. Le pays peine à respecter ses engagements pris en 2009 envers le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne.

L’Office statistique de l’Union européenne Eurostat a mis à jour le 12 février ses statistiques sur les énergies renouvelables dans la consommation d’énergie des pays de l’Union européenne. Cette publication fait office de suivi des objectifs que les Etats européens se sont fixés dans le cadre du paquet sur le climat et l’énergie à l’horizon 2020, mis en place avec la directive 2009/28/CE du Parlement européen et du Conseil de l’Union européenne. A l’échelle européenne, l’objectif est de porter la part globale des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie à 20 % d’ici 2020 et à au moins 32 % d’ici 2030. En découlent par la suite des objectifs spécifiques à chaque États membres.

Concernant la France, celle-ci prévoyait de porter la part des énergies renouvelables à au moins 23 % de la consommation d’énergie finale du pays d’ici à 2020. Avec 16,3 % d’énergies renouvelables, la France est en 2017 le troisième pays (derrière la Macédoine et les Pays-Bas) dont la part de l’énergie renouvelable dans la consommation finale brute d’énergie du pays est la plus éloignée des objectifs.

Eurostat note que « par rapport aux dernières données disponibles pour 2017, les objectifs pour la France, les Pays-Bas et l’Irlande imposent à chacun de ces États membres d’augmenter leur part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale d’au moins 5 points de pourcentage ».

L’objectif est-il atteignable ? Difficile à dire si l’on se penche sur l’évolution de la part du renouvelable pour chaque pays européen. Entre 2004 et 2017, cette part a augmenté de 6,8 points de pourcentage en France. A côté de cela, c’est le Danemark qui a le plus progressé, avec une hausse de 20,9 points de pourcentage entre ces deux dates. La Suède quant à elle s’en sort le mieux en Europe avec une part de 54,5 % en 2017.

Par ailleurs, ce retard observé est l’une des raisons qui ont poussé Greenpeace France, Notre affaire à tous, La Fondation pour la nature et l’Homme et Oxfam à attaquer l’Etat en justice pour « inaction climatique ». Dans leur demande préalable indemnitaire, les associations soulignent « le non-respect par la France de ses engagements et objectifs en matière d’énergies renouvelables ».

Les énergies renouvelables, une cible efficace pour l’action climatique de la France ?

Malgré le retard français pris par rapport à ses objectifs, il faut néanmoins souligner que la production d’énergie électrique n’est pas le secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre. Parmi ses voisins européens, la production d’électricité en France est l’une des moins émettrices de CO2.

Dans un rapport daté de mars 2018, la Cour des comptes dénonçait le fait que les moyens alloués par l’État à la transition énergétique le sont essentiellement pour le mix électrique, et en particulier dans le cadre de l’objectif fixé par la Loi de transition énergétique pour la croissance verte de réduire la part du nucléaire dans ce mix. Et ce, alors que ce secteur n’a, pour le cas de la France, qu’un faible impact sur les émissions des gaz à effet de serre.

La France aurait ainsi plutôt intérêt à s’intéresser et promouvoir les énergies non émettrices (renouvelables thermiques, électricité, biocarburants) dans les secteurs qui lui font davantage défaut (usage des combustibles fossiles pour le chauffage et les transports, par exemple).

Initialement publié sur le Parisien le 13 février 2019

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